28 mai 2006

Week-end en famille

Ils entrent en scène pour une nouvelle représentation de quelques jours et la toute première tirade déclamée est le la qui me donne immédiatement le ton sur lequel sera jouée toute la pièce. Je sais dès lors qu’en dépit des nombreuses improvisations que se permettront les acteurs, un fil conducteur improbable me mènera d’échanges oiseux en révélations plates. Toutes ces péripéties improbables se dérouleront sur les rythmes successifs et parfois entremêlés de la confidence douceâtre, du questionnement distrait ou de l’altercation électrique qui noiera cette distribution immuable dans un brouhaha incompréhensible.

Les rôles sont joués à la perfection et les acteurs sont servis par une mise en scène qu’ils ont nourrie de leur incessant travail de répétition en mon absence. Je perçois la febrilité dans les coulisses mais la lourde machinerie qui accorde ce grand jeu est devenue totalement transparente pour le spectateur intermittent que je suis désormais.

Tous les rouages se sont mis en branle avant même que le rideau ne se lève. C’est une pièce de boulevard qui se joue encore cette fois et je sais qu’immanquablement un des personnages prendra bientôt à partie l’unique spectateur que je suis : la pièce se joue pour et avec moi. Au moment d’entrer dans mon rôle de spect-acteur, je donne la réplique sans réelle conviction. Mes efforts pour donner vie à mon personnage surfait sont vains car je ne peux me fondre dans un rôle dont j’ai perdu la maîtrise. Une meilleure assiduité aux répétitions m’aurait probablement permis d’adapter mon jeu à celui des autres membres de la troupe. Mon manque d’enthousiasme est patent. Je m’empresse de regagner discrètement ma place de simple spectateur dès que ma réplique est donnée. La machinerie retrouve aussitôt son équilibre. Le mouvement dont je ne suis plus le frein repars de plus belle et les acteurs donnent le meilleur d’eux même.

Les coulisses me sont devenues étrangères. Je n’ai plus vraiment ma place dans cette farandole et la distance qui me sépare de la scène me replonge dans une obscurité protectrice. Mais, comme seul le spectateur justifie la représentation dans laquelle chacun s’épanouit dans son personnage, il me faut être présent dans la salle à chaque jour de représentation.

Je suis dans et hors du cercle.

Sortie épuisante

16 mai 2006

Les sans pareil

"Combien sont-ils qui peuvent éprouver un mouvement de joie le matin au réveil en envisageant dans leur glace cette face tuméfiée et salie par plusieurs heures vouées à la solitude absolue de leur sommeil ? Tous les gestes de la toilette, le peigne, le rasoir, le savon, l'eau sont autant d'efforts dérisoires pour s'arracher à l'abîme d'isolement où la nuit les a plongés et faire une rentrée honorable dans la société."

Les Météores, Michel Tournier.

14 mai 2006

Papier crépon

13 mai 2006

Défiance